Corto Maltese-Le Jour de Tarowean

Couverture Le Jour de Tarowean illustration Corto Maltese

Quand on aime les voyages, on aime Corto Maltese. 

A la mort d’Hugo Pratt, son géniteur, le duo Juan Dias Canales (scénario) et Ruben Pellejero (dessin) a repris le flambeau pour perpétuer les aventures de l’icône de la BD moderne. Le Jour de Tarowean est leur troisième collaboration, après Sous le Soleil de Minuit et Equatoria

Le marin désinvolte, créé par Hugo Pratt, habite mes rêves depuis l’adolescence. J’adore le mélange d’exotisme, d’érudition et d’onirisme de cette bande dessinée qui a révolutionné son monde dans les années soixante-dix. A cette époque, la BD était destinée aux enfants, pleine de héros simplistes et de clichés manichéens. Et puis Corto Maltese est arrivé, mystérieux, ironique, solitaire. Il parle comme un livre, cite Shakespeare, rencontre des acteurs de l’Histoire du début XXe siècle. Témoin d’événements réels dont il reste toujours en retrait, il est plus un anti héros qu’un héros. Détaché de tout, il se balade sans s’attacher, chevalier ambigu au service de sa seule liberté. L’inverse métaphore du grégarisme ambiant.

C’est donc avec avidité que je me suis jetée sur « Le Jour de Tarowean », paru en 2019 chez Casterman.

Couverture ambiance Illustration Corto Maltese- Le Jour de Tarowean

Résumé

« Le Jour de Tarowean » est un prequel.

L’histoire raconte comment Corto s’est retrouvé attaché bras en croix, voguant sur un radeau au milieu du Pacifique. C’est ainsi qu’on fait sa connaissance en ouverture de La Ballade de la Mer Salée, le premier opus de ses aventures. Son ami-ennemi Raspoutine le sauve, et n’obtient pour toute explication qu’une vague histoire de promesse de mariage non tenue. Nous, lecteurs, n’en n’avons jamais su plus. Alors Canales et Pellejero se sont basés sur ces quelques lignes pour imaginer ce qui a conduit Corto dans cette insolite situation.

Le Jour de Tarowean nous fait donc retrouver Corto en Tasmanie, en 1912. Soit un an jour pour jour avant le début de La Ballade. Avec l’aide de Raspoutine, il libère Calaboose, un jeune homme enfermé au bagne. Calaboose veut comprendre les raisons de son emprisonnement, et Corto décide de l’aider. Le voyage mènera toute la troupe de Bornéo aux îles du Pacifique Sud dans des aventures aussi terribles que romantiques.

On croise une sirène rousse amoureuse, des rois et reines mélanésiens superstitieux, des colonialistes exploiteurs perfides. Le Moine complote en parallèle, secondé par Cranio. On retrouve tout l’ADN de Corto Maltese dans cette histoire un peu trop confuse pour être résumée.

Première page Le Jour de Tarowean illustration Corto MalteseMon avis

L’ambiance graphique du Jour de Tarowean est réussie, et le scénario efficace. J’ai replongé instantanément dans le monde maltesien, adoré les rebondissements et les répliques cyniques de Raspoutine, la distance désabusée de Corto, l’esprit d’aventure qui se dégage de ce tome. Mais en le refermant, j’étais un peu déçue. Il y manque la patte de son créateur initial, Hugo Pratt. Il y a, bien sûr, les allusions aux traditions et légendes locales dont il était coutumier, et les voyages au bout du monde. Mais il manque cette subtile adjonction de magie, de poésie et d’onirisme qu’il savait mélanger à l’action, et qui rendait ses histoires ensorcelantes.

Pour ceux qui découvrent la série, je vous conseille plutôt de commencer par l’originale, écrite par Hugo Pratt:

Le Jour de Tarowean est agréable à lire, mais je dirais que c’est juste un Corto parmi d’autres. C’est l’occasion de retrouver un vieil ami avec plaisir, et de comprendre qu’il vaut mieux lui dire un au-revoir définitif. Le vrai Corto est mort en même temps que son créateur, et je préfère la véracité de ses premiers opus.

 

Pour découvrir l’univers de Corto Maltese, le site cortomaltese.com  est une véritable pépite.

Sa fiche Wikipedia  est également très complète.

 

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Vous aimez les BD maritimes? Mon post A Bord de l’Etoile Matutine pourrait vous donner des idées.