« Débâcle » de Lize Spit

Illustration Débâcle de Lize Spit

Salut les Walkers. Pas de panique : « Débâcle », c’est le titre d’un livre, pas l’annonce d’une catastrophe imminente!

Un livre marquant et singulier comme son titre, écrit par une autrice flamande traduite en français (ma nouvelle marotte littéraire depuis que je partage mon temps entre Bruges et la Bretagne).

Débâcle : le résumé

Trois temporalités pour une héroïne : Éva.

  1. Aujourd’hui : Trentenaire, professeur d’Arts Plastiques à Bruxelles, elle est invitée à la fête donnée en mémoire du décès du frère de son ami d’enfance. Elle se rend donc à Bovenmeer, village perdu de la Flandre belge où elle à grandi, un énorme bloc de glace stocké dans le coffre de sa voiture.

  2. L’été 2022 : Celui de ses treize ans, et des jeux douteux auxquels elle participe avec ses deux acolytes Pim et Laurens.

  3. Ses souvenirs de petite enfance, et l’ambiance familiale entre deux parents alcooliques, un frère aîné féru de science, sans oublier une petite sœur pleine de TOC.

Mon avis

Une écriture au scalpel, ultra réaliste, qui restitue cliniquement le quotidien d’un village flamand où les enfants désœuvrés et les parents à côté de la plaque s’embourbent dans l’ennui et le désespoir.

Ambiance « années 2000 dans la Flandre rurale », avec son contexte parfaitement restitué : campagne aussi rase que les mentalités, décrite à auteur d’enfant du coin. Activité économique évoquée à travers des métiers emblématiques : agriculture, boucherie, qu’on découvre à travers les gestes quotidiens, les jeux des gamins. Et la misère sociale en filigrane, faite d’alcool et de disputes, de deuils et de déviances. Montrée clairement à travers le comportement des adultes, et latente chez les plus jeunes.

En tant que lecteur, on sent tellement le drame venir qu’on en frissonne d’avance, en se demandant juste quand et comment ! Et même ainsi préparé, on ne s’attend pas à CE revirement-là, à cette sauvagerie-là. Techniquement: une vraie réussite. Quel talent !

Mais c’est tellement sordide, désespérant, misérable… Certaines scènes sont violentes et glauquissimes. D’autres horriblement perverses. Toutes sont déprimantes. L’ensemble est globalement malsain, et m’est resté sur l’estomac.

Faut-il lire « Débâcle »

La lecture de Débâcle m’a tellement « traumatisée » que je me suis demandé si je conseillerais ce titre à d’autres.

Certes, du point de vue de la qualité littéraire, ce livre est un petit chef-d’œuvre de « Rural noir » en matière de construction narrative et de style épuré. Qu’on aime ou pas l’histoire, le niveau est indéniable. Mon hésitation se situe au plan du ressenti émotionnel-psychique du lecteur, car ce bouquin émane quelque chose de toxique.

Après la dernière page, vous pouvez vous sentir mal. Je tiens à le souligner.

Donc, si les scènes sordides et pathétiques, la barbarie, l’absence d’espoir, ne vous gênent pas, lisez Débâcle.

Mais si vous n’aimez pas les livres « qui abîment », si votre âme est sensible : évitez.

Personnellement, j’ai lu ce livre parce qu’il fait partie de ma liste des « auteurs flamands contemporains à découvrir ». Malgré tout le talent de Lize Spit, je ne lirai pas ses autres ouvrages, trop désespérants à mon goût.

Vous me demandrez sans doute: Pourquoi parler de Débâcle, s’il m’a autant dérangée ? Justement : parce qu’il m’a profondément dérangée. Signe du talent de l’autrice. Signe qu’elle a su montrer quelque chose de l’âme humaine, qui me gêne et m’horrifie, que je n’ai pas envie de voir mais qu’elle m’a montré quand même.

Et n’est-ce pas le propre de la Littérature (la vraie), de pointer du doigt là où ça fait mal ? Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires 

Débâcle : le film

Débâcle existe aussi en film (sorti en salle en février 2024).

J’ai eu l’occasion de le visionner à la télévision, alléchée par le portrait de gamine boudeuse vêtue de rose en affiche. Grosse déception : trop d’ellipses par rapport au roman.

Le livre se passe dans la tête d’Eva, on est guidé par sa voix intérieure. Alors que le film positionne le regard du spectateur à l’extérieur. On se retrouve à observer avec distance une jeune femme bizarre et perturbée, sans comprendre ce qui lui est arrivé. Sans s’identifier. Les flash-back sont trop allusifs, survolent trop l’histoire.

Et une scène de la fin (du film) m’a particulièrement dérangée : celle du discours pathétique d’Eva. En voulant rendre hommage à Jan, elle en profite pour tenter de révéler l’origine de son trauma, et finit ridiculisée aux yeux de l’assemblée. Elle apparaît comme déchue, alors que le livre la présente comme une personne abîmée mais résolue. Comme si le réalisateur avait trahi le personnage du livre. D’ailleurs cette scène n’existe purement pas dans le roman.

Mon conseil : Ne perdez pas votre temps à le visionner. Le livre est bien plus profond. Aucune trouvaille visuelle ne compense la pauvreté du scénario, ni la déformation de l’histoire dans la version cinématographique.

Pour vous procurer le livre:

Vous avez le cœur bien accroché et avez décidé de lire « Débâcle »? Deux solutions pour trouver le livre: 

  • Chez votre libraire indépendant avec les coordonées suivantes: « Débâcle » de Lize Spit, traduction Emanuelle Tardif- Éditions Acte Sud- Paru en 2018-  23€ / Ou en format poche: Éditions Babel- Paru en 2020- 11.30€ 
  • En ligne: cliquez ici

Merci de m’avoir lue et à bientôt pour d’autres chroniques de lecture sur Walkaway.

 

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