Les Lance-Flammes

Ambiance lecture tapis

Les Lance-Flammes, de Rachel Kushner

est un roman américain paru chez Stock en 2015, qui m’a profondément marquée par son message sur le choix délibéré de s’accorder la liberté d’être soi.

L’auteur, Rachel Kushner est née en 1968 dans l’Oregon (USA). Après des études à l’Université de Berkeley en Californie, où elle a obtenu une Maîtrise en Ecriture Créative en 2001, elle a entamé une carrière de journaliste. Son premier roman, « Telex de Cuba », paru en 2008, a remporté le California Book Awards la même année. « Les Lances Flammes » est son deuxième roman, paru en 2013 aux USA.

Résumé

Nous sommes en 1977. Reno a la vingtaine, et doit son surnom à sa ville d’origine, dans le Nevada. Elle vit pour la moto, la vitesse, et pour l’Art. Elle organise une course de vitesse durant laquelle elle voudrait se faire photographier en pleine action pour capter sur pellicule les traces laissées par ses pneus sur le sable. Mais la performance se termine par un accident.

Elle décide alors de partir pour New York, dans l’espoir de devenir artiste. Installée à Soho, Reno intègre le milieu bohème des années soixante-dix, en pleine effervescence. Elle y croise une galerie de camés, de créateurs plus ou moins doués, souvent paumés, mais toujours bouillonnants d’énergie. Elle-même fait ses propres expériences, tant artistiques qu’humaines.

Au cours d’une  soirée, elle rencontre Sandro, issu d’une richissime famille d’industriels italiens qui fabrique des pneus de moto. Artiste lui aussi, il est sensible à la démarche de Reno, et lui offre un prototype de moto pour mener à bien son projet de performance dans les plaines de sel de Bonneville.

Ensemble, ils partent en Italie, au plus fort des années de plomb. C’est l’occasion pour Reno de découvrir la haute société italienne dont Sandro est issu. Mais également de se retrouver au milieu de la terrible crise, entre brigades rouges et jeunesse gauchiste.

Mon avis

Les Lance-Flammes est un roman très moderne et très riche, mêlant reportage sur l’effervescence des années soixante-dix à New-York et réflexion sur le sens à donner à son existence. Le portrait donné par l’auteur du monde des courses de motos, de l’avant-garde artistique et des mouvements extrémistes de l’époque (comme les Motherfuckers, lanceurs de bombes installés dans un squat de la 10ème Rue), est presque un documentaire. Idem lorsqu’elle nous emmène dans l’Italie de l’époque anti-fasciste.

La violence de la bourgeoisie romaine envers ceux qu’elle fait trimer n’a rien à envier à celle des activistes. L’ambiance de rébellion des exploités contre les nantis est particulièrement marquante. Elle déborde d’une rage communicative, et ces pages instruisent en même temps le lecteur sur ces années terrifiantes un peu sorties de nos mémoires.

Le regard d’abord candide de Reno sur l’engagement artistique et politique va évoluer et s’approfondir. Au fil des expériences et des rencontres, échecs, tromperies et désillusions, vont l’amener à expérimenter la liberté d’être soi-même. Mais surtout à prendre conscience de la nécessité d’avancer en dépit des doutes et des incertitudes. La vitesse, si bien décrite par Rachel Kushner qui a elle-même pratiqué la moto, devient la parfaite métaphore du mouvement, de l’élan actif permettant d’évoluer. S’il fallait retenir une seule phrase de ce beau roman initiatique, ce serait la dernière : « Partir, sans réponse. Passer à la question suivante ». Pas par inconséquence, ni par superficialité. Mais par instinct vital, car certains actes n’ont pas d’explications, ou alors ils en ont trop. Parfois il faut juste avancer. Merci à Rachel Kushner de nous le faire si brillamment percevoir.

Vous aimerez Les Lance-Flammes si…

…en vous sommeillent soif de liberté et nécessité de s’accomplir.

Les amateurs d’art et de moto, les fans des années soixante-dix se retrouveront dans l’univers des Lance-Flammes. La lecture est facile, en dépit du peu de dialogue et de la densité des chapitres, car l’auteur a su doser descriptions, impressions de l’héroïne, et action. Et l’énergie, l’ébullition, la flamboyance de l’époque nous restent à l’esprit longtemps après avoir refermé ce livre.

Personnellement j’ai adoré.

Couverture Les Lance-Flammes

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